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Le long chemin de croix d'Ismel Jimenez

28 novembre 2017

En 2015, les Capitales accueillaient 4 joueurs cubains dans leur formation, Ismel Jimenez étant le seul lanceur du groupe. Au moment d'amorcer sa 3e manche sur la butte lors son 9e départ de la saison le 29 août, le destin frappait. Les images (et le son) sont assurément restées gravées dans la mémoire des partisans présents au Stade municipal à l'époque. Résultat, le #23 venait de se fracturer l'humérus et mettre la suite de sa carrière en péril. 

Après plus de 2 ans loin de la sphère publique, Jimenez est revenu sur le long chemin de croix qui pourrait le ramener sur un monticule prochainement. Voici donc la traduction du reportage d'Elsa Ramos du journal cubain Escambray publié le 23 novembre dernier.

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Escambray, 23 novembre 2017 - Les gens de Sancti Spiritus et une bonne partie des amateurs cubains attendaient cette entrevue depuis au moins deux ans. Le temps d’attente est né en septembre 2015 lorsqu’Ismel Jimenez est revenu de la Ligue Can-Am avec le bras fracturé en deux.

Une phase de doutes, de solitude et de craintes est survenue.  Mais aussi, de récupération, d’espoir et de rêves. Pour le moment, «je ne veux pas parler» répétait-il chaque fois qu’au nom des amateurs il était invité au dialogue.  Nous avons respecté et compris son silence.  Pour un homme habitué à gagner, ce n’est pas facile de se voir avec les bras et l’esprit affectés.

Il n’a pas voulu converser jusqu’à ce que la médecine, sa volonté et la vie lui permirent de prendre à nouveau une balle dans ses mains et de lancer deux manches. Deux manches qui signifiaient un match complet.

 « J’ai lancé aux réservistes de l’équipe des Gallos (Sancti Spiritus) dans cette série et ç’est la meilleure chose qui me soit arrivée. De pouvoir prendre une balle dans mes mains, la joie et la tranquillité m’ont envahi et ce fût un mélange de plusieurs choses. Je n’ai ressenti aucun malaise ou douleur au bras. J’ai pu dominer des frappeurs actifs avec en travaillant fort. Je me suis senti satisfait, réalisé, comme une récompense pour mes efforts de me rendre au stade même les dimanches », raconte celui qui a lancé 43 manches avec les Capitales en 2015.

« D’une certaine façon, je suis content d’avoir été blessé, je me suis senti comme une personne très appréciée par le peuple.  Tout Cuba se préoccupait de moi jusqu’aux Capitales de Québec qui m’ont appelé.  Ça m’a donné la force pour être comme maintenant :  lancer de 60 pieds avec une slider et la balle rapide que j’avais. Il m’en manque encore un peu pour être le Ismel Jimenez que j’étais, mais je vais réussir chemin faisant. »

« Pour la forme physique, ça me manque d’être sur le monticule. J’étais un lanceur qui lançait assez souvent et cela me maintenait en forme physique. Ça fait un certain temps que je suis isolé et ça m’a fait perdre les mouvements, la mécanique. Ça me manque d’affronter un peu plus de frappeurs, mais j’y arrive grâce à l’équipe et au gérant José Raul, qui a eu une grande patience. », poursuit celui qui aura 32 ans en février prochain.

Son esprit voyage jusqu’à son calvaire initial : doutes, pleurs, écroulement. 

« Il y a eu des moments à la maison où je me sentais seul.  Au début je venais au stade et je me sentais comme si le monde s’était écroulé sur moi, mais les gens ont commencé à m’appuyer sans relâche.  Ce fut difficile parce que la fracture ne m’a pas fait autant de dommages que le plâtre qui m’a immobilisé le bras pour longtemps et qui m’a affaibli tous les muscles et les tendons. J’avais pratiquement le bras d’un petit enfant. Je devais donc le renforcer, des doigts jusqu’à l’épaule, pour que revienne la force et l’élasticité nécessaire pour lancer à nouveau à la distance de la plaque. Si la décision avait été autre, telle que m’opérer, aurais-je pu lancer à nouveau? Qui sait! »

 « J’ai eu peur et je l’admets. Le pire fut de me blesser à l’extérieur de mon pays. Les médecins canadiens voulaient m’opérer, mais je leur ai dit : non, j’ai mes médecins à Cuba, mettez-moi un plâtre, un billet d’avion et des médicaments pour que je puisse régler ce problème là-bas. J’ai craint que l’os fracturé se déplace du plâtre, mais ça n’est pas arrivé. L’humérus a tardé un peu à se solidifier, mais les diététiciens m’ont conseillé sur ma diète pour accélérer ça. Et là, les médecins à La Havane m’ont dit que je pouvais faire ce que je voulais jusqu’à lever un seau de sable. Mais pour en venir à lancer avec ce bras, la récupération a besoin de plus de temps. »

« Je regardais des matchs et je voyais les Gallos qui perdaient et moi sans bras. Ça me faisait couler les larmes. Le pire fût mon fils qui en regardant la télévision, m’as dit : ‘papa, tu lances là toi, tu vas retourner lancer là? »

« J’avais demandé aux médecins au Canada si ce serait possible de lancer à nouveau avec cette fracture totale de l’humérus et ils m’ont dit que oui.  À Cuba aussi, et même réponse, tout était question de solidification de la fracture et de renforcer les muscles.  J’aime lancer et ça ne m’est jamais parti de l’idée de le faire, et ce, avec qualité. J’ai obtenu plus de victoires que d’échecs et ç’est pour cette raison que je me suis préparé sans désespérer. Durant cette série, je me suis demandé si je devais ou non lancer et les médecins m’ont recommandé d’attendre; peut-être ne serais-je pas le même que les années antérieures. Je veux redevenir le plus possible comme l’Ismel d’avant.»

Au milieu des nombreuses visites de personnes pour l’encourager se sont succédé traitements, conseils, décisions : « J’ai passé par plusieurs étapes, des traitements à la récupération. Le désir de lancer est incroyable.  À l’insu du médecin, j’ai fait 20 000 choses qui étaient contre-indiquées, mais qui je crois m’ont apporté du bon. »

« Il y a beaucoup de gens qui me demandent, Ismel, quand? Je leur dis :  Je ne connais pas la date, ni l’année.  D’ici deux à cinq ans. Je ne sais pas quand, mais je vais lancer.  Ç’est cette pression qui m’a fait vouloir lancer sans être prêt à 100%. Les docteurs Remberto et Mario m’ont dit :  ce n’est pas conseiller que tu fasses une sortie, qu’on te frappe 4 circuits et qu’on te chasse du monticule.  « Ce que j’ai en tête pour ma première sortie n’a rien à voir avec un circuit, mais qu’elle en soit une de qualité où j’effectuerais le retrait qui manque. »

« Peut-être est-ce pour ça que j’ai refusé le «pistolet radar» et les questions sur la vélocité de mes lancers? Il y a peu de temps, on a évalué la vitesse et on m’a dit : non, pas encore, attends un peu. Depuis ce temps, la vitesse de mes lancers a augmenté, mais on ne l’a pas mesurée parce qu’il n’y a pas de presse. Parfois en visant la vitesse, on force un ligament qui peut occasionner une autre blessure, et ç’est ce qu’on veut éviter. »

Ismel a eu ses raisons qui vont bien au-delà de sa fiche : 131 victoires et 56 revers en onze campagnes.  « Je me suis tenu à l’écart parce que je ne voulais pas parler avant de me sentir un peu plus fort, plus sûr de moi. Je ne voulais pas créer de fausses attentes du genre je vais lancer demain et ne pas me présenter, de dire que je me sens bien et que ce ne soit pas le cas et qu’ensuite j’en paie le prix ou que les gens me le reprochent.  Je voulais être comme je suis aujourd’hui : sûr de moi, de mon bras, de ce que je vais répondre. 

« Comme vont les choses, je pense que je pourrai être partant pour la prochaine Série nationale avec un match complet.  Je veux gagner, perdre, en fin, être comme j’étais avant, ou meilleur », conclut le droitier Ismel Jimenez

Source: Escambray, http://www.escambray.cu/2017/ismel-jimenez-estoy-seguro-de-que-el-brazo-me-va-a-responder-fotos-y-video/