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Une décision lourde de conséquence

29 mai 2017

Deux jours avant Noël 1975, en plein cœur de la saison morte, une décision juridique changera à jamais le monde du baseball. L’arbitre spécialisé en relations de travail, Peter Seitz, donne raison à Andy Messerschmitt et Dave McNally dans leurs revendications et s’amorce ainsi l’ère des agents libres.

La saison 1975 du baseball majeur débute sans que trois de ses joueurs n’en viennent à une entente avec leurs équipes respectives. Andy Messerschmitt avec les Dodgers, Richie Zisk avec les Pirates et Dave McNally avec les Expos.

Cette situation n’est pas inhabituelle ou extraordinaire, car le paragraphe 10A du contrat type de tout joueur du baseball majeur, permet aux propriétaires de renouveler pour un an le contrat d’un joueur. C’est essentiellement ce que l’on appelle la « clause de réserve », qui lie de façon permanente un joueur à son équipe selon l’interprétation qui en était faite jusqu’à ce moment. Cette clause avait été mise en place par les propriétaires au cours des années 1880.

Pour les joueurs, ladite clause les empêche d’avoir accès à un libre marché de négociations et elle maintient, artificiellement, leur salaire à un niveau beaucoup plus bas. Cette situation fut contestée à quelques reprises dans l’histoire du baseball, mais sans jamais être présentée avec les mêmes arguments ou dans le même contexte.

Finalement, au terme de la saison 1975, Marvin Miller directeur exécutif de l’Association des joueurs et son conseiller juridique Dick Moss ont l’opportunité de faire un grief sur ce sujet avec les cas de Messerschmitt et McNally, puisque Richie Zisk, quant à lui, en est venu à une entente avec les Pirates tout juste avant les séries d’après saison.

Andy Messerschmitt est le premier joueur à compléter une saison sans s’entendre avec son employeur. Pour Dave McNally, la situation est différente. Au mois de juin, il quitte les Expos en mentionnant qu’il prend sa retraite, sans, toutefois, signer de  documents à cet effet. S’il décidait de revenir au jeu après la saison, même sans avoir signé de contrat, il appartiendrait toujours à l’équipe montréalaise.

Les partis amorcent leurs représentations au mois d’octobre. John Gaherin est mandaté par les propriétaires, Marvin Miller par les joueurs et Peter Seitz est l’arbitre choisi par les deux partis. Ce dernier n’est pas sans expérience dans le domaine de la médiation et des relations de travail aux États-Unis, ayant occupé différents postes au sein de ministères ou d’agences gouvernementales.

D’ailleurs, ce même Peter Seitz, avait entendu l’année précédente le grief de Catfish Hunter concernant des allégations de rupture de contrat entre lui et Charles Finley, propriétaire des Athletics d’Oakland. Hunter avait eu gain de cause dans le litige et avait obtenu du même coup le statut d’agent libre.

Le 23 décembre 1975, Peter Seitz rend sa décision publique dans la nouvelle cause et il invalide le renouvellement unilatéral des contrats d’Andy Messerschmitt et Dave McNally au-delà d’une année. Après cette échéance, les joueurs sont libres de négocier avec qui ils le souhaitent.

C’est une décision lourde de conséquences pour le baseball majeur. Les propriétaires vont en appel et perdront en deux occasions, s’abstenant de se rendre en cour Suprême. À l’aube des camps d’entrainement, au printemps 1976, ils mettent les joueurs en lockout. Ce libre marché de négociations ne verra jamais le jour, du moins sous sa forme la plus pure. Au cours de l’été, l’Association des joueurs et le baseball majeur signent un nouveau contrat de travail, règlementant et encadrant, notamment, le marché des agents libres.