Par Carl Tardif

Il y a vingt ans, une importante page de l’histoire des Capitales de Québec s’écrivait. La saison 2006 n’a pas seulement offert un premier titre, elle a aussi donné naissance à une culture et a fait la démonstration que tout était possible dans la petite cathédrale de baseball du Parc Victoria.

À la mi-saison, rien ne laissait présager ce chapitre glorieux. Les Capitales montraient une fiche négative et une participation aux séries ressemblait plus à un mirage qu’à un projet réaliste.

C’est dans cette position que le gérant Michel Laplante, qui en est alors à sa deuxième campagne à son poste, amorce un virage pour renverser la vapeur avec quelques embauches payantes, comme celles d’Ed Montague, Jorge Perez, J.C. Huguet, etc. Des joueurs qui n’étaient pas vedettes, mais qui possédaient la capacité de rallumer une équipe.

Résultat, Québec se replace et refuse de mourir. La qualification arrive au dernier match du calendrier régulier, comme un clin d’œil du destin.

Keith Dunn n’a pas oublié

Le lanceur Keith Dunn, qui a porté l’uniforme des Capitales pendant cinq saisons, s’en souvient comme si c’était hier.

«Personne ne pensait qu’on ferait les séries, puis voilà qu’on remporte le championnat. Tu connais Michel, il était tellement calme et ne paniquait jamais. Il nous disait : on va essayer ceci ou cela, et ça fonctionnait. Le championnat est un beau souvenir, mais j’en ai aussi tellement d’autres parce que mes cinq saisons passées à Québec sont les plus belles de toute ma carrière», confie l’ex-numéro 28, rejoint dans le cadre des célébrations du 20e anniversaire de la conquête.

En première ronde, les Capitales affrontent d’abord le North Shore Spirit, meilleure équipe du circuit et grand rival de la formation québécoise. Sur papier, le duel est inégal, mais sur le terrain, c’est une autre histoire. La série se rend à la limite, et les Capitales arrachent leur billet pour la finale.

Devant eux, le Rox de Brockton, une formation solide… et favorite. Québec prend les devants 2‑0 dans la série 3 de 5 et semble déjà prêt à sabrer le champagne, notamment grâce à une sortie impeccable de Dunn dans le premier match.

«Oui, j’ai bien lancé, mais je me demandais pourquoi Michel faisait appel à moi puisque j’avais connu une mauvaise saison de 11 défaites. Il a sûrement misé sur mon expérience en se disant : si on gagne, on sera dans une bonne position avec le reste de la rotation. Je n’ai pas relancé par la suite, et bien franchement, je n’y tenais pas tellement», dit-il avec le même sourire qui a illuminé son passage à Québec.

Mais la série n’est pas finie. Brockton réplique et crée l’égalité 2‑2. Tout se jouera dans un cinquième match décisif, au Massachusetts.

Le match qui a tout changé

Le 17 septembre 2006, les Capitales donnent la balle au vétéran Gabe Ribas, qu’ils doivent rapatrier par avion de la Floride puisqu’il vient d’accepter un poste d’entraîneur avec l’école de baseball IMG. Quelques jours plus tôt, il avait volé en vain en raison de la remise d’un match à cause de la pluie.

«Gabe était un vrai meneur, il se préparait d’une manière très professionnelle. Je pense même qu’il était parti et il est revenu juste pour ce match», se souvenait Dunn.

En sixième manche, c’est 3‑0 Brockton et le rêve semble s’envoler. Mais cette équipe-là n’est plus celle du mois de juin.

En septième : deux points.

En huitième : deux autres.

Et en neuvième, alors que le baseball aime les héros, Ed Montague frappe un double qui brise une égalité de 4-4 et donne une avance de 5‑4 aux siens. Le releveur Cristian Mendoza retourne ensuite sur la butte pour obtenir les trois derniers retraits. Les Capitales sont champions et viennent de créer leur identité.

«Montague a frappé pour une moyenne d’à peu près .600 pendant les quelques semaines où il a joué avec nous. J’étais son colocataire avec lui et Geoffrey [Tomlinson]. Bryan Dumesnil avait aussi été très bon, tout comme Mendoza qui avait lancé toute la saison avec un mal à l’épaule», ajoute le père de deux jeunes filles et propriétaire d’une flotte de remorques à plateau ouvert dans l’État du Mississippi d’où il vient.

Dunn, qui fut un choix des Expos de Montréal en 1996 avant d’être réclamé par les Yankees de New York en 1997, avait été acquis via une transaction avec un club fermant boutique à l’hiver 2002.

«Mon coéquipier à Greenville Mike Sanchez avait déjà joué avec les Capitales, et il m’a suggéré d’y aller sans hésitation», rappelle-t-il en nous nommant presque tous ses anciens coéquipiers. Ils s’appelaient notamment Olivier Lépine, Eddie Lantigua, Brad Purcell, T.J. Shimizu, Danny Scalabrini, Simon Légaré, Ryan Lehr, Mathieu Bergeron, T.J. Stanton et compagnie.

«J’avais une très belle relation avec tout le monde. J’étais peut-être trop jeune à l’époque, mais je regrette de ne pas avoir visité plus souvent le Vieux-Québec. J’aimerais bien revenir à Québec, je vais sûrement le faire dans quelques années», promet l’ex-lanceur de 48 ans qui regarde toujours des matchs des Capitales en ligne.

Le point de départ

La conquête de 2006 a procuré le trophée Arthur H. Ford aux Capitales en plus d’établir un standard. Vingt ans plus tard, ce premier titre résonne encore.

Il est le point de départ d’une dynastie qui laisse son empreinte sur le baseball indépendant nord-américain, comme en témoignent les 11 titres en 18 saisons, donc cinq de suite de 2009 à 2013 et la séquence actuelle de quatre d’affilée depuis 2022.

«Ce qui a vraiment donné un élan aux Capitales, selon moi, ce fut leur capacité à recruter de très bons joueurs québécois et canadiens. Et depuis, ils ne cessent pas de remporter des championnats », note l’auteur d’une fiche cumulative de 47‑27 avec l’équipe.

Et tout a commencé en 2006.

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