Par Carl Tardif

Il parle avec la sagesse tranquille d’un vétéran, celle d’un joueur qui a connu une courte déception sans jamais perdre de vue l’essentiel. Cet hiver, il a brièvement senti le silence du baseball, mais l’appel d’un retour à Québec résonnait encore plus fort dans son cœur.

En 2025, Braeden Allemann a signé la meilleure saison de sa jeune carrière : 144 retraits au bâton, un titre de lanceur par excellence de la Ligue Frontière, une fiche de 6-2 et une domination qui aurait pu — qui aurait dû — attirer l’attention du baseball affilié.

Mais rien n’est venu. Ni appel ni invitation à un camp d’essai, encore moins une offre de contrat d’une filiale des ligues majeures.

«Certaines équipes me connaissent, mais la plupart n’étaient probablement pas intéressées à mes services à cause de mon âge. Je n’ai pas d’agent non plus, alors ça n’aide pas. Je reste un joueur méconnu et personne ne fait d’appel pour moi», dit-il, sans amertume, en proposant une raison de cette indifférence qui ne semble toutefois pas l’affecter.

Il ne s’en plaint pas. Il constate, simplement. Et il avance.

Québec comme point d’ancrage

Un mois après la dernière saison, il ne savait toujours pas s’il allait rejouer en 2026. Puis une conversation avec Patrick Scalabrini en novembre a tout clarifié. S’il n’obtenait rien dans l’affilié, il reviendrait à Québec afin de poursuivre son association avec les Capitales.

«Je suis vraiment content d’être de retour. Ici, c’est comme être à la maison. On forme une vraie famille», dit l’artilleur originaire de Surrey, en Colombie-Britannique.

Il adore ce vestiaire du Stade Canac, où le baseball parle toutes les langues. «Je pense que tous les continents sont représentés ici, sauf l’Afrique», lance-t-il, amusé.

Le processus avant les résultats

À 30 ans, le doyen du club aborde 2026 comme il l’a toujours fait, soit en misant sur le processus. Les objectifs personnels existent, mais ils ne dépasseront jamais ceux de l’équipe.

«Je veux montrer que ma dernière saison n’était pas un hasard ni un coup de chance. Oui, j’étais fier de mes performances, mais je l’ai été encore plus par les succès du groupe.»

Il apprend encore, dit-il, au contact de joueurs plus jeunes… mais qui sont plus expérimentés dans le baseball professionnel. Une humilité qui le définit bien.

De receveur à as de la rotation

Après une saison et demie passée à Trois-Rivières, cet ancien receveur de l’Université de la Colombie-Britannique et dans une ligue senior de l’Ouest canadien s’est retrouvé tardivement sur un monticule. Après ses débuts à Trois-Rivières, il a été mis sous contrat par le gérant de longue date sans que personne ne sache qu’il deviendrait peu de temps après l’as de la rotation.

Puis il y a eu ce soir de l’été dernier, où une impressionnante prestation a été interrompue par une panne de réflecteurs.

«Je ne veux pas remuer de mauvais souvenirs pour notre président, Charles Demers, mais ce match-là, j’étais vraiment dominant. Je me disais que personne n’allait toucher à ma balle. Sans avoir pu prédire ce qui allait suivre, j’ai su à ce moment que j’allais avoir une bonne saison.»

Deux métiers, une passion

L’été, il lance. L’hiver, il entraîne. Et s’entraîne.

Préparateur physique, il travaille avec des athlètes de tous les horizons : hockey, basketball, patinage artistique, même des Olympiens. Parfois, ce sont simplement des gens qui veulent bouger et trouver une meilleure qualité de vie.

«Mon travail dans un centre d’entraînement multi-disciplinaire nourrit ma compréhension du corps et de la performance. Tu ne peux pas tout changer d’un coup, mais tu peux toujours t’améliorer. C’est ce que je cherche à faire chaque année.»

La magie du Stade Canac

Il rêve d’un autre championnat. Et il sait ce que représente Québec dans cette quête.

«J’avais entendu parler de la magie du Stade Canac, mais je ne l’avais jamais vécue avant l’an dernier. Maintenant, je sais ce que c’est. Elle nous suit même sur la route.»

Il sourit en évoquant le changement de nom à venir pour la Ligue Frontière.

«Je trouvais que c’était une belle marque de commerce.»

Qu’à cela ne tienne, il s’est réjoui d’avoir été le lanceur partant du match inaugural de la saison à Ottawa et celui de l’ouverture locale, à Québec.

«Il n’y a probablement que dans les ligues majeures où un gars de 30 ans peut lancer devant 10 000 spectateurs. C’est un beau privilège.»

Un privilège qu’il porte avec fierté. Et à l’inverse, les Capitales se réjouissent de miser sur lui dans une saison où la stabilité sur le monticule reste à stabiliser.

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