Par Daniel Papillon
Photo : Mikaël Lalancette / Le Soleil
Le baseball des Capitales a une saveur internationale, et ce, depuis les tout débuts de l’équipe. Le nombre de différentes nationalités qui ont foulé le terrain du Stade Canac depuis 1999 est assez impressionnant. Si les joueurs américains et canadiens, tant anglophones que francophones ont, au fil des ans, formé la majorité des alignements, on peut s’interroger à savoir quels auraient été les succès de l’équipe sans l’apport des joueurs dits « étrangers ».
Des porte-couleurs de la Colombie, du Venezuela, de Cuba, de l’Australie, des Pays-Bas et de plusieurs autres pays sont, bien souvent, venus ajouter l’ingrédient manquant à la recette gagnante des Capitales.
À l’instar des grands chefs cuisiniers, la direction de l’équipe est toujours à la recherche des meilleurs éléments disponibles sur le marché, afin d’obtenir un résultat optimal. La dernière source est celle du pays du soleil levant et l’investissement fait pour aller faire du recrutement au Japon a déjà rapporté des dividendes.
Le yakyu, soit le baseball au Japon, est un véritable sport national. Il incarne les valeurs traditionnelles du pays : respect, discipline et travail collectif. Son histoire est passablement ancienne, car il aurait été introduit au Japon, par Horace Wilson, un professeur américain, dès 1872. À cette époque, ce nouveau sport gagne rapidement en popularité, principalement dans les universités et collèges. Dès 1878, une équipe de l’Université du Wisconsin fait une tournée au Japon et plusieurs autres, dont l’Université de Harvard, suivent les mêmes traces.
En 1908, c’est au tour des joueurs professionnels de se diriger vers l’Asie dans le cadre d’une tournée organisée par la compagnie d’équipements sportifs A.J. Reach. L’expérience connaît un vif succès et l’équipe, dont le pseudonyme est Reach All-American Stars, attire d’importantes foules et ce, même en dépit du fait que ce ne sont pas les plus grandes vedettes qui sont du voyage. Les retombées au Japon sont immédiates et les premières équipes professionnelles locales voient le jour au cours des années 1920.
Après plusieurs tournées contre des formations universitaires, les Américains retournent au Japon en 1934 et, cette fois, ils amènent l’artillerie lourde et en mettent plein la vue aux Japonais. C’est le légendaire Connie Mack qui dirige la troupe et il est accompagné notamment par Jimmy Foxx, Lou Gehrig, Babe Ruth et un certain Moe Berg. Ce dernier, un receveur de second plan à l’époque, deviendra espion pour le service du renseignement américain. Une de ses premières missions aura été de prendre des photos des villes lors de la tournée, photos qui deviendront très utiles aux Alliés lors de la Deuxième Guerre mondiale.
Des centaines de milliers d’amateurs acclament les vedettes américaines du baseball dans les rues de la capitale japonaise. La popularité du baseball est telle qu’une première ligue professionnelle voit le jour en 1936. Les Giants de Tokyo deviendront rapidement un symbole de succès, remportant plusieurs championnats. Un premier Japonais, Masanori Murakami, signe un contrat des ligues majeures en 1964 avec les Giants de San Francisco.
Le séjour nord-américain de Murakami n’est pas couronné de grands succès, mais il ouvre la porte aux joueurs « étrangers » à aller jouer au Japon et, éventuellement, à d’autres Japonais à venir s’illustrer ici dans le baseball majeur. Plus d’une centaine d’anciennes vedettes, dont Warren Cromartie, s’illustrent durant quelques saisons au pays du soleil levant.
À l’inverse, plusieurs vedettes japonaises s’expatrient et viennent marquer à leur façon l’histoire du baseball en Amérique du Nord. Des joueurs comme : Hideo Nomo, Hideki Matsui, Ichiro Suzuki et, plus récemment, Shohei Ohtani. La qualité du baseball japonais ne fait plus aucun doute. D’ailleurs, le plus grand frappeur de coups de circuit, toutes ligues confondues, demeure un Japonais, Sadaharu Oh, avec 868 longues balles.
Sur la scène internationale, le Japon connaît également du succès, remportant trois des cinq Classiques mondiales présentées avant 2026 grâce, notamment, à des performances remarquables d’Ohtani et de Daisuke Matsuzaka.
Plus près de nous, les équipes de la ligue CanAm accueillent, au cours de la saison 2015, une formation composée d’étoiles de la ligue Shikoku Island pour une série de parties comptant dans le calendrier régulier. Deux parties sont présentées à Québec à la fin du mois de juin. Les Capitales remportent le premier duel par la marque de 6-3 avant de s’incliner au compte de 3-1 le lendemain.
Au terme de la saison 2024, quelques membres de la direction des Capitales visitent le Japon avec comme premier objectif de faire du recrutement. L’investissement dans le voyage en Orient rapporte rapidement des dividendes alors que la signature de trois lanceurs vient ajouter de la profondeur au monticule de l’équipe. Un ingrédient qui n’est pas étranger à la recette du succès de l’organisation et qui mènera à une quatrième conquête d’affilée du championnat de la Ligue Frontière.
Que nous réserve l’année 2026 avec ces nouvelles signatures ? Une chose est certaine : la filière japonaise occupe désormais une place importante dans l’organisation des Capitales de Québec.

